Recruter de nouveaux radioamateurs, assurer la pérénité de notre hobby

KD9KC QSL 2012 SOTAVous avez remarqué que je m’exprime assez peu sur ce style de sujets “politiques”. La raison est simple, je sais que la réponse n’est jamais aussi aisée que voudraient le croire certains et surtout que si je veux changer les choses je n’ai qu’à être plus actif dans une association et faire les choses moi-même au lieu de donner des leçons. Ma façon à moi d’aider au renouvellement de nos rangs c’est ce blog et le fait qu’il sort régulièrement dans de nombreux résultats de moteurs de recherche pour des sujets pas toujours liés directement au radioamateurisme. Vous me direz aussi que je pourrais appliquer mes bonnes idées à mon radio-club national vietnamien, le VARC, mais nos moyens sont dérisoires et les conditions (niveau de vie, intérêt pour les carrières scientifiques…) font que la tâche nécessite une autre réflexion que celle qui vaut pour la France.

Pourquoi est-ce que je m’exprime alors ? C’est suite à un tweet de F8BXI citant cette discussion sur un forum. Il m’est apparu que certains peinent à trouver la recette. Je suis d’accord avec F1TMY et F4FJL. La CB est en aussi mauvaise posture que le radioamateurisme, et ce n’est pas en cherchant à séduire les cibistes qu’on trouvera de nouveaux adeptes pour notre passion. Pourquoi ? Parce que les “communicants” n’ont pas besoin de la radio (ou de la CB), avec les téléphones mobiles, la 3G, la PMR, le WiFi… ils ont plus de fonctionnalité et de bande-passante que ne pourrait jamais leur offrir la radio ou la CB pour le même prix. Pourquoi est-ce que certains hurluberlus comme moi continuent-ils alors à payer des impôts et passer un examen ? Parce que ce qui nous intéresse c’est d’une part le côté communauté organisée et d’autre part la volonté de faire les choses “soi-même”. Les deux sont liés.

Pourquoi le côté communauté organisée est il important dans notre hobby ? Parce qu’il nous permet de nous reconnaître dans un engagement commun et un niveau technique similaire (oui notre hobby et un hobby technique). Si j’écris à Joe K1JT (prix Nobel au passage) pour lui demander de l’aide dans un projet. Il me répond parce qu’il sait qu’en tant que radioamateur licencié j’ai fait l’effort minimum pour rejoindre ce groupe et me mettre à son niveau, et que je ne disparaîtrait pas une fois que le vent aura tourné. Mettre en place un examen novice trop facile aurait l’effet contraire à celui recherché en rendant moins attractif notre hobby. C’est la même raison pour laquelle Apple fait payer 100$ aux développeurs pour publier une application iPhone. Ca ne garantie pas une meilleure qualité, mais ça évite que des idiots de passage ne viennent publier n’importe quelle application mal fichue et disparaissent dès le lendemain sans en assurer le suivi.

Si vous voulez travailler sur un projet de grande envergure, sur le long terme, vous avez besoin de stabilité. Si vous voulez créer un nouveau mode de modulation pour les signaux faibles (WSPR), une nouvelle plateforme de radio-logicielle (OpenHPSDR) ou monter une expédition pour aller sur une île perdue et la rendre accessible par radio à d’autres “communicants” passionnés de DX, vous avez besoin d’une assurance que la communauté va vous suivre et que vous y trouverez les ressources documentaires, humaines et financières pour y arriver.

Alors là certains vont me dire que je me fourvoie et que dans notre hobby tous ne sont pas des ingénieurs et techniciens chevronnés et que certains, mêmes des DXers ou contesters mondialement reconnus n’utilisent que du matériel commercial et ne savent même pas souder une fiche PL sur un câble coaxial. Oui, c’est vrai, et c’est la richesse de notre hobby. Mais tous ont en commun un engagement et on sait qu’ils seront présents dans la communauté tout au long de leur vie. Il y a bien sûr des hauts et des bas dans notre passion, et moi-même j’ai laissé ma radio dans un carton pendant presque 10 ans, mais durant tout ce temps je me suis considéré comme radio-amateur.

Vous allez me dire que je suis contre la licence novice. En fait, non, je suis favorable à une licence novice, mais il faut qu’elle représente un engagement pour celui qui la passe. Par exemple, il faudrait qu’au terme de 3 ou 5 ans, son détenteur soit obligé de passer l’examen supérieur, au risque de perdre sa licence, un peu comme le permis “conduite accompagné”. Si à 40 ans on est toujours en conduite accompagné avec papa ou maman dans le siège du passager, c’est qu’il y a un problème, non ?

Mon article dépasse 700 mots et je n’ai toujours pas vraiment dit où trouver de nouveaux OM. Mon idée c’est d’aller recruter sur les forums de Do-It Yourself (bidouille ou bricolage) en électronique. Des projets comme l’Arduino ou le Raspberry Pi ont un succès phénoménal. Leurs membres ont beaucoup en commun avec nous et certains sont d’ailleurs radioamateurs. Je pense qu’eux aussi sont à la recherche de l’aide et de la protection que peut leur apporter une communauté organisée comme la notre. Si j’en avais les moyens (et je sais c’est plus facile à dire qu’à faire), j’irai faire de la publicité sur ces forums de DIY et organiser des concours de création afin d’aller attirer ces gens là vers notre hobby.

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5 comments for “Recruter de nouveaux radioamateurs, assurer la pérénité de notre hobby

  1. fg8oj
    24 avril 2014 at 09:35

    Il est clair que la communauté libriste est clairement une cible potentielle importante. Les geeks et autres informaticiens n’ont jamais été autant intéressés par notre hobby, mais je ne vois que peux d’investissement pour les attirer !
    Il est évident que les étudiants ont un fort potentiel également, pourquoi n’y a t-il pas d’option radioamateur au bac ?
    Une licence novice est-elle si dangereuse pour notre passion ?
    Le radioamateurisme à tellement de spécificités que je suis toujours surpris que nous ne sachions pas plus en profiter, certainement à cause de notre ego démesuré.

  2. 24 avril 2014 at 23:43

    L’idée de date de validité pour la classe novice est très bonne.
    Je suis triste que par harmonisation aux réglementation mondiale elle ai été supprimé en France…

    Déjà, obtenir des locaux associatifs n’est pas une mince affaire pour se réunir.
    Alors se retrouver à partager ses locaux avec le club de pétanque local ?!?
    Nous avons, sur St Etienne fait le choix de prendre les devant en partageant avec une association Alolise pour la promotion du logiciel libre.
    De nombreux RA font partit des 2 asso et avec l’Arduino, comme tu le citait si bien nous sommes complémentaires.
    Et avec cette boite à étincelles qu’est l’Arduino, que ne ferions nous pas pour nos installations…
    Quelques projets en cours sur le site http://f4cvm.free.fr
    Transformer avec le CAT system un simple poste portable comme les FT-8×7 ou IC-706 en FT-1000 Mark V avec un rack 19”
    Transformer un simple ROS mètre en appareil numérique de très haute précision…
    Transformer un simple ampli 11m déca en un ampli large bande avec filtre LPF et afficheur LCD…
    Beaucoup de projet dans le tuyau, des idées qui fusent toutes les 20s, mais que 24H par jour…
    Bah ! Oui ! J’ai pris le virus dans les années 70 avec la CB, comme dit, avec des hauts et des bas..
    Si ce n’est qu’avec trois retraites, je ne suis pas encore prêt d’en avoir fait le tours…
    Mais ! Quand on aime… On ne compte pas, n’est-ce pas ?
    Allez ! Très cordialement à nos amis d’Asie…
    Pascal / F4CVM

  3. 25 avril 2014 at 15:42

    Bonjour à tous et en particulier à Yann, XV4Y, auteur de cet excellent article de réflexion sur notre hobby.

    J’ai, pour ma part, “passé mon call” en 1971, en un temps que les moins de vingt ans (de radioamateurisme) ne peuvent pas connaître, comme chantait Aznav’. J’avais alors juste 16 ans et la passion du radioamateurisme m’avait saisi à douze ans, après une visite rendue à copain qui avait construit un poste à « galène » : une antenne de 15 m de fil électrique, une self de 500 spires sur un rouleau de carton, un condensateur variable de 350 pf, une diode OA79 en guise de galène, un condensateur de 2000 pf suffisaient alors pour entendre une minuscule voix, d’une pureté cristalline incroyable sortant d’un casque d’écouteurs de 2000 ohms… C’était une impression extraordinaire et véritablement magique.

    L’apprentissage de la soudure à l’étain chez un autre copain, la construction de postes à « galène » toujours plus sophistiqués les uns que les autres, l’apprentissage de la radioélectricité avec Curiosus et Ignotus héros du livre-culte d’Aisberg La Radio ? Mais c’est très simple, la découverte du Journal des 8 et d’une collection de vieux Radio-Ref chez un bouquiniste local et puis bientôt, l’écoute du 40 m, en AM, sur un vieux BCL à lampes donné par un oncle et puis celle du 144 Mhz avec une superréaction à trois transistors… La passion était là et ne m’a plus quitté depuis lors.

    Et, comme tous alors, je franchis les étapes d’un parcours initiatique digne des Compagnons du Tour de France :

    * 1968 SWL (écouteur)

    * 1970 Membre du REF avec « l’indicatif » REF 24300 et membre de la Société Havraise de TSF, considérée comme une « société savante » (et où la plupart des membres mettaient une cravate (!) pour se retrouver en réunion le dimanche matin)

    * 1971 Licence d’amateur avec certificat d’opérateur radiotéléphoniste F1BUM et droit d’émettre à partir de 144 Mhz uniquement

    * 1974 Licence d’amateur « complète » avec certificat d’opérateur radiotélégraphiste F6CYK et droit d’émette sur toutes les bandes radioamateurs dans tous les modes de transmission
    A l’époque, l’(es) examen(s) se passaient à la maison, et l’inspecteur des PTT se déplaçait pour contrôler l’installation, faire passer les épreuves ( administration des radiocommunications ; modes opératoires, technique, télégraphie…). C’était une vraie cérémonie, impressionnante et redoutée, (j’avais 16 ans!) et Monsieur Reffet (c’était le nom de l’inspecteur) était également en charge des stations radiomaritimes et des opérateurs radio de la Marine Marchande. Il faisait son travail très sérieusement !

    Nostalgie ? Non : le monde a bien évidemment évolué et notre monde radioamateur aussi. Mais devenir radioamateur était alors progressif et demandait un véritable effort pour entrer dans une communauté qui était alors considérée comme une sorte d’aristocratie technique et humaniste.
    « Avoir son call » était la consécration qui nous faisait immédiatement accepter par nos pairs, quel que soit le statut social des uns et des autres : nous étions véritablement les égaux – et considérés comme tels par notre indicatif – de Juan Carlos (EA0JC), d’Hussein de Jordanie (JY1) ou encore de Marlon Brando (FO5CJ)… Si tous les gars du monde…

    Pris par le tourbillon de la vie, j’ai été de moins en moins « radioactif »… La carrière professionnelle, la famille, les enfants, d’autres activités… J’ai même rendu mon indicatif à l’Administration, dans les années 2000. Je me considérais toujours comme radioamateur mais les très rares moments où je laissais encore traîner mon oreille sur les ondes courtes ou sur le 144 me confortaient dans l’idée que j’avais appartenu à un monde qui n’était plus.

    Et puis, un jour, le hasard a faut frapper à la porte de mon bureau professionnel deux OM qui cherchaient à implanter un transpondeur. Je me fis reconnaître et quelques temps après je faisais l’acquisition d’un minuscule UV-3R Baofeng, je redemandai mon indicatif que l’Administration avait précieusement conservé. Un FT-817 ND arriva bientôt sur ma table et mon ancienne passion de la graphie, du QRP et des antennes réduites me reprit : les QSO se succédèrent sur 40 m avec 5 Watts et une antenne télécopique de 1,30 m posée sur la table de la salle à manger !

    Je retrouvai la magie des postes à galène de mes 15 ans et je suis, encore aujourd’hui, émerveillé de pouvoir ébranler l’éther et avec d’aussi petits moyens de contacter l’Europe entière voire les Etats-Unis ! Maintenant, le FT-817 est toujours là mais j’ai aussi un FT-857 D et une antenne MagLoop intérieure et la fascination continue…

    Après avoir relaté – peut-être un peu longuement, ma propre expérience – je ne peux qu’être d’accord avec Yann sur la nécessité de graduer notre licence : je suis persuadé que c’est cette graduation qui ancre la passion en nous en nous faisant progressivement intégrer la grande communauté des radioamateurs en nous faisant, par ailleurs, considérer par nos pairs comme leurs égaux.

    Et, en dépit – mais aussi en complément – d’Internet, de la 3G, de la 4 G, des tablettes et autres iPhones ou iPads, il y a encore tant de choses à découvrir dans notre Royaume de la Radio…

    73 à tous de F6CYK

  4. Philippe (https://plus NULL.google NULL.com/114869439804810633003/posts?hl=fr)
    4 mai 2014 at 16:19

    Bonjour à tous,
    Un article intelligent avec une ouverture d’esprit constructive.
    C’est avec des OM comme cela que le RA ne terminera pas dans l’oubli et que certains deviendront des RA.
    Cordialement.
    Philippe

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